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ET SI L'ÉCOLE AVAIT POUR MISSION PREMIÈRE DE FORMER À L'ATTENTION ?

  • Photo du rédacteur: Laurence Bouchet
    Laurence Bouchet
  • il y a 18 heures
  • 4 min de lecture



Le week-end de 29 et 30 avril, lors d'un stage que j'ai animé à Paris sur la philosophe Simone Weil, nous étions un groupe de 11 personnes venues d’horizons très différents — psychologue, charpentier, retraité, ingénieur, préparatrice en pharmacie, etc. — réunies pour questionner ensemble des concepts et des textes de la philosophe.

Nous avons fait l'expérience que cette diversité des participants est stimulante pour la réflexion.


Depuis que je pratique la philosophie en atelier ou consultation, je constate à quel point cette discipline, souvent perçue comme élitiste, devient accessible et puissante quand on la vit comme un exercice intérieur. Des participants se passionnent parce qu’ils découvrent peu à peu combien cette pratique produit en eux un désir et même une force de lucidité, de justesse. Ils n’ont malheureusement pas souvent appris à l’école que l'étude n'a pas pour premier objectif d'obtenir des résultats, mais d'apprendre à porter son attention comme le dit Simone Weil.


Pendant ces deux journées, nous avons expérimenté ce que signifie penser ensemble : chacun apportant ses hypothèses, ses questions, ses intuitions. Il ne s’agit pas d’étaler un savoir, mais d’entrer en recherche ; pas d’accumuler des idées, plutôt de vivre leur effet.

Dans un monde saturé de sollicitations, la pensée de Simone Weil, austère en apparence, nous invite à une révolution silencieuse : apprendre à diriger notre attention, non pour la performance, mais pour cultiver la rigueur, l’intégrité, la présence.

Nous avons notamment étudié un texte où elle relie études scolaires, erreur, intention… et prière.

De nos échanges, il a émergé des idées fortes :

- L’attention (qui diffère de la concentration plus tournée vers la performance) n’est pas seulement une faculté mentale, c’est une attitude éthique. Être attentif, c’est sortir de soi pour accueillir un objet, une parole, un autre.

- Regarder ses erreurs en face, sans excuses, c’est déjà s’avancer vers la vérité, souvent inconfortable, mais transformatrice. Simone Weil souligne : il s'agit d'apprendre à contempler ses erreurs sans les fuir, sans chercher à les maquiller. C’est difficile — la honte, l’orgueil ou la paresse nous en détournent naturellement. Grandir, c’est peut-être précisément oser regarder ce qui ne va pas, avec exigence mais sans haine de soi.

Et si nous apprenions à faire de l’attention — à soi, aux autres, à la vérité — le cœur de l’éducation, du travail, de nos relations ?

Merci à Celia, Bernard, Beatrice, Marielle, Marie-Serge, Antoine, Pascale, Juan, Véronique et à Hélène pour son accueil.



Le lendemain de ce stage encore toute imprégniée de nos réflexions et des moments que nous avions vécus j'ai animé des ateliers dans des écoles.


En voici un compte rendu


ATELIER DE PHILOSOPHIE AVEC DES ENFANTS : APPRIVOISER LE SILENCE, EXERCER SA CONCENTRATION, INTERROGER L’AMITIÉ

Lors des ateliers philosophie avec les enfants, je propose généralement de commencer par un exercice de silence et d’écoute sensorielle. Porter son attention et se concentrer, cela s’apprend par des exercices répétés.

Ce moment, simple en apparence, ouvre ensuite une réflexion sur notre rapport au silence. Pourquoi le silence dérange-t-il ? Pourquoi certaines personnes ne peuvent-elles s’empêcher de faire du bruit ?


À l’école, plusieurs enfants ont évoqué la peur du vide, l’impression qu’« il n’y a plus personne », ou encore l’association du silence à la nuit, à la solitude, à la honte, voire à l’angoisse. D’autres ont découvert que ce silence pouvait aussi procurer un apaisement, un retour à soi, un moment de calme intérieur.


Nous avons alors introduit la notion de force intérieure, définie par les enfants comme une capacité à rester concentré malgré les sollicitations extérieures ou les pensées parasites. Ils ont reconnu que cette force ne relevait pas des muscles, mais de l’esprit : « c’est la force dans la tête », a dit l’un d’eux. Apprendre à ne pas se laisser déconcentrer, à résister à l’envie de parler ou de réagir à chaque bruit, est apparu comme un exercice difficile mais précieux.





J’ai proposé ensuite aux enfants de réfléchir au thème de l’amitié, en cherchant collectivement des réponses à la question : Pourquoi aimons-nous avoir des amis ? Les enfants ont proposé plusieurs réponses : pour jouer, pour ne pas être seul, pour pouvoir se confier, partager des émotions, créer des liens qui durent, grandir. Certains ont aussi évoqué l’importance de faire des projets ensemble. Cette diversité de réponses a donné lieu à une première forme de structuration de la pensée : distinguer les différentes facettes de l’amitié, confronter les expériences, revenir sur ses premières intuitions.

La lecture de l’album Le lion et l’oiseau a prolongé la discussion. Cette histoire sans presque aucun mot, où un lion accueille un oiseau blessé, a permis d’évoquer la tendresse, l’attente, l’acceptation de la séparation, le retour — des expériences qui résonnent chez les enfants. Nous avons retrouvé dans cette histoire plusieurs des idées formulées précédemment par les enfants : la joie d’être ensemble, le chagrin de la séparation, le soin porté à l’autre, la fidélité dans la différence.

Enfin, un échange délicat a eu lieu avec un enfant qui affirmait ne pas aimer les autres et se désintéresser de leurs réactions. Plutôt que de l’écarter ou de le corriger, j’ai proposé de prendre cette parole comme un point d’appui philosophique. Ensemble, nous avons exploré ce que cela implique de « se moquer des autres » : le risque de la solitude, l’impossibilité de se remettre en question si nous évitons le lien avec les autres. Cet enfant a progressivement participé à cette discussion, découvrant que philosopher, c’est aussi admettre : “Peut-être que je me trompe.”

 
 
 

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